Omnia sunt communia

Notre collectif a toute légitimité pour se joindre aux célébrations des cent cinquante ans de la Commune; d’une part, nombre de gilets jaunes dont Plein le dos a archivé les photos de dos l’ont évoquée avec des citations et des portraits de Louise Michel, les mots de Victor Hugo, des dessins de barricades en flammes. Et aussi parce que Plein le dos est porté par des personnes qui ne font ni carrière, ni profit personnel. Nous estimons que nos actions, ainsi que les principes sur lesquels elles reposent, honorent l’héritage communard, et nous en somme fier.e.s. Voilà pour l’auto-congratulation : un adage populaire dit qu’on est jamais mieux servi que par soi-même, et la culture populaire, nous nous en revendiquons ! 

Cela fait, on ne remerciera jamais assez toutes les personnes qui nous ont fait confiance, tous les photographes, pros ou amateurs qui ont participé au pot commun tout au long de l’aventure, toutes celles qui ont bien voulu donner un coup de main, transporter un paquet de Paris à Toulouse, Marseille, Bruxelles etc., diffuser le bras levé pour porter les messages et collecter de l’argent pour les cagnottes de mutilé.e.s et pour les personnes incarcérées. On ne peut que remercier aussi notre éditeur, Les éditions du bout de la ville, qui a vu le potentiel de notre initiative, qui a imaginé le pavé bilingue en noir et blanc, et avec qui nous nous sommes tout de suite accordés sur des principes communs. 

Depuis le mois d’août 2020, notre collectif a cagnotté et versé un total de 5 400 € à : Achraf qui a eu la mâchoire brisée par un tir de LBD 4 décembre 2018 ; au collectif les mutilé.e.s pour l’exemple pour les aider dans l’organisation de leur troisième marche à Amiens ; à l’association Taramada pour contribuer au frais de justice de Dylan ; à Antoine, Frédéric, Casti, Vanessa, Hedi, Patrice, Axel, Xavier, Amil, Kaïna et Maria, pour les soutenir dans leurs difficultés ; et à la Legal team de Nantes.

Au bout de deux ans, c’est un total de 29 888 € qui ont été versés à des caisses de solidarité, dont 12 000 € grâce au livre Plein le dos.

Il y a du monde pour donner une image glamour de l’insurrection et chauffer les foules avec de belles images, des lancers de pavé au ralenti et des berlines en flammes, mais on se sent seul.e.s quand il s’agit de se soucier de la vie de ces gens, Vanessa, Dylan, Sébastien, Mélanie, Alain, Gwendal…, qui y sont allés la fleur au fusil, et qui sont tombés pour des idées. Mais enfin, chacun fait ce qu’il a à faire à sa place, et la nôtre est celle-ci : honorer le peuple des ronds-points et soutenir les blessé.e.s.

Parce que c’est politique : on ne peut pas attiser impunément les foules et ne rien faire quand il s’agit d’aider à survivre ceux qui y sont allés, qui ont pris cher et ne parviennent plus à vivre dignement. Ce n’est pas pour se jeter des fleurs – c’est pour le dire, parce que c’est important.  

Texte lu par des camarades à Lamballe mercredi 17/03 sur le rond-point (juste avant d’être verbalisés)

« La Commune de 1871 est fille des révolutions de 1789, 1792, 1830, 1848… La Commune, c’est la révolte des gueux, des gens qui ne sont rien, des Gaulois réfractaires, des laissés-pour-compte de la consommation et du capitalisme triomphant, des exploités du travail, des opprimés de tous les pouvoirs autoritaires.

La Commune est rebelle et patriote. Elle éclate à Paris le 18 mars 1871 lorsque des soldats fraternisent avec la Garde nationale. Mais la Commune existe aussi à Marseille, Saint-Étienne, Lyon, Le Creusot, Narbonne, Grenoble, Bordeaux… Réfugié à Versailles, le gouvernement envoie l’armée pour écraser la révolution.

La Commune de Paris aura duré 72 jours.
72 jours pendant lesquels elles organise ses propres élections pour mettre en place une démocratie directe qui décide : rétablissement de la liberté d’expression, la séparation des Églises et de l’État, révocabilité des élus, salaire maximal pour les responsables des services communaux et interdiction du cumul des indemnités, réquisition des logements vides pour les pauvres, réquisition des ateliers abandonnés pour les confier à des coopératives autogérées d’ouvriers, fin des amendes et des retraits sur les salaires, salaire minimum, égalité de salaire entre hommes et femmes dans l’enseignement, école gratuite, laïque et publique dès l’âge de 3 ans.

Héritiers de la Commune, les Gilets Jaunes ont crié à leur tour : “Nous voulons un État démocratique et social” pour le bien commun et non pas la “République de l’ordre social dominant” au service d’une oligarchie. Et ils ont eu droit eux aussi à la répression, à cette violence dite légitime qui mutile les corps et les esprits, au mépris de classe, aux mensonges des chiens de garde médiatiques. L’Histoire rendra Justice aux Gilets Jaunes comme elle la rend aujourd’hui aux communards qui se sont levés pour la justice sociale et l’humanité au cri de “Vive libre ou mourir !”.

Vive la Commune ! Vive les Gilets Jaunes ! Vive la liberté !


Le collectif Plein le dos 

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