Deux ans

L’acte 111 marque la fin de cette année 2020, soit plus de deux ans de mobilisation et de lutte ininterrompue, que ce soit de la rue ou de ces lieux emblématiques que sont devenus les ronds-points. Lors de l’acte 96, le bras tendu avec nos feuilles jaunes, nous avons rencontré Carlos, GJ du rond-point des vaches, près de Rouen. En repartant avec sa feuille, il nous a fait remarquer en rigolant que cela faisait deux ans qu’il venait à Paris et que depuis le temps, cela serait bien qu’on vienne aussi le voir.

Carlos lors de notre rencontre durant l’acte 96.

Chose faite pour l’acte 98, qui a vu Carlos surpris de nous voir débarquer sur son rond-point avec un « tu nous as invité, on est là ! ». Il s’en est suivi un échange très enrichissant sur le vécu de ce lieu de lutte, chacun de nous faisant part de son expérience.

Aujourd’hui encore, ils sont quotidiennement entre trois et trente sur ce rond-point, à porter messages et revendications, avec humour ou virulence, du panneau publicitaire détourné, de la banderole « slogan », au dialogue avec ceux qui passent. Si leur présence réjouit toujours certains, la majorité est indifférente et quelques-uns, peuvent même leur être hostiles. Ils subissent les pressions permanentes des forces de l’ordre, passages de véhicules de police, caméras installées sur le rond-point, intimidations des nouveaux arrivants par des contrôles d’identité, gardes à vue, amendes allant jusqu’à 450€ (dépôt d’ordures illégales pour leur stock de palettes).

Lors de notre visite du mois de septembre.

Ne pouvant plus s’installer à même le rond-point, leur cabane se faisant détruire quotidiennement, ils se sont installés juste à côté, sur un parking semi-privé. Ils y ont construit une table avec des bancs en palettes. Lors de notre visite, l’ensemble n’avait pas de toit. A chaque fois qu’ils en ajoutaient un pour s’abriter, tout était systématiquement démoli par les forces de l’ordre. Heureusement cela n’est plus d’actualité, car aujourd’hui ils ont un toit depuis maintenant un mois, et même depuis dix jours un petit chauffage.

Après la récente installation d’un toit et d’un chauffage.

Les banderoles et panneaux du rond-point sont régulièrement arrachés, lacérés, les gilets laissés sur le terre-plein central, saccagés. Aujourd’hui quand les panneaux et les banderoles durent plus de 24h, c’est une chance… Ils nous ont ainsi fait part des mésaventures suivantes : la récupération d’une statue en plâtre qui avait laissé de la poudre sur leur table (filmé en permanence par une caméra) leur a valu le passage des STUP avec chiens et contrôle musclé. Une banderole « Darmanin violeur » qui a tout de suite été détruite, leur a valu les jours suivants, la visite de la BAC, de la BRI et de plusieurs fourgons de police. Au regard de l’isolement du rond-point, de cette table en palette à la merci du froid et du vent, ces récits et bien d’autres, laissent transparaitre toute la disproportion dans les moyens déployés à leur encontre. 

Malgré cela, la forme de désolation laissée par les destructions successives, le froid et la fatigue qui se lit sur les visages, ils sont toujours là. 

Leur détermination force le respect, et bien que la situation ait changé depuis les débuts du mouvement où certains membres des forces de l’ordre passaient prendre un café-croissant et mettaient un peu d’argent dans leur cagnotte, ils ne lâchent rien et sont toujours prêts à remettre de nouvelles banderoles ou à revisiter les panneaux publicitaires avec humour.

Discuter avec eux a été pour nous l’occasion de nous reconnecter aux valeurs essentielles de ce mouvement, la solidarité, l’écoute, la bienveillance et toute l’humanité qui donne sens à ces gilets.

Merci aux GJ du rond point des vaches et à toutes celles et ceux qui luttent, pour cette année 2020.

On reste là et ensemble on lâchera rien pour 2021 !

Le collectif Plein le dos

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