On fait comme on a dit

L’initiative Plein le dos a fêté son premier anniversaire le 10 janvier 2020. C’est une idée simple que n’importe qui aurait pu avoir. Une réalisation sans prétention. Des feuilles solidaires. Un livre magnifique réalisé avec un éditeur qui nous ressemble. Des contributeurs et contributrices photos confiant.e.s. Un collectif motivé et déterminé qui rassemble des dizaines de militant.e.s partout en France. Des principes évidents. De la débrouille et de la confiance.
1 an, 14 000 euros remis à des blessé.e.s, à deux caisses de défense collective ainsi qu’à une caisse de grève pour soutenir les grévistes contre la réforme des retraites.

Plein le dos, livre et feuilles jaunes, diffusé à Lamballe et à Marseille.

Grâce aux conseils de Vanessa, du collectif Les mutilés pour l’exemple nous versons aujourd’hui :
– 600 euros à David, forgeron, éborgné par un tir de LBD 40 le 16 mars 2019 (Acte 18) à Paris.
– 600 euros à Alain, blessé au visage par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 (Acte 3) à Paris.
– 600 euros à Gwendal, éborgné le 19 janvier 2019 (Acte 10) par un tir de LBD 40 à Rennes.
– 600 euros à Xavier, éborgné par un tir de LBD 40 le 20 avril 2019 (Acte 23) à Paris.
– 600 euros à Alexandre, éborgné par un tir de LBD 40 le 8 décembre (Acte 4) à Paris.
– 363 euros à la cagnotte des Mutilés pour l’exemple afin d’aider leur organisation.

Nous versons aussi 1500 euros à la caisse de grève Info com CGT cagnottés grâce à notre premier numéro spécial en couleur.

Le premier numéro en couleur, spécial “Soutien aux grévistes

Jusque-là nous avions pu apporter notre soutien à :

Franck, 20 ans, éborgné le 1er décembre 2018 (Acte 3) à Paris.
Marie-Laure, blessée au visage le 16 mars 2019 (Acte 18) à Paris.
Gabriel, 21 ans, main droite mutilée par une grenade le 24 novembre 2018 (Acte 2) à Paris.
Hédi, éborgné par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 (Acte 3) au Puy-en-Velay.
Jim, éborgné par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 (Acte 4) à Bordeaux.
Samir, blessé au visage par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 (Acte 9) à Saint-Etienne.
Elie, blessé par un tir de LBD 40 au visage le 1er décembre 2018 (Acte 3) à Paris.
Eric, blessé par un tir de LBD 40 au visage le 8 décembre 2018 (Acte 4) à Paris.
Yann, 11 dents cassées suite à un lynchage en règle par les FDO à coups de matraque le 11 janvier 2019 (Acte 9) à Toulouse.
Axel, blessé par un tir de LBD 40 au visage le 19 janvier 2019 (Acte 10) à Montpellier.
Lola, 18 ans, triple fracture de la mâchoire, des dents cassées et la joue ouverte le 18 décembre 2018 à Biarritz.
David, 31 ans, tailleur de pierre à Bordeaux, nez fracturé, narine sectionnée et hématome à la lèvre supérieure à cause d’une grenade de désencerclement le 8 décembre 2018 (Acte 4) à Paris.
Eric, fracture de la mâchoire, la lèvre fendue et des dents cassées par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 (Acte 4) à Paris.
Dylan, touché par une grenade de désencerclement à Montpellier le 27 avril 2019 (Acte 24), a perdu l’œil droit.
Yann, frappé le 10 janvier 2019 (Acte 9) en marge d’une manifestation à laquelle il ne participait pas : fracture de la mâchoire et onze dents cassées.
Antonio, gravement blessé au pied droit le 24 novembre 2018 (Acte 2) à Paris, par une grenade de désencerclement.
Sébastien, gravement blessé à la mâchoire en décembre 2018 à Paris (Acte 9) par un tir de LBD 40.
Vanessa, blessée au visage par un tir de LBD 40 en décembre 2018 (Acte 5) , œil abîmé, séquelles neurologiques et psychologiques.
L’organisation de la 4e Marche des mutilés pour l’exemple du 12 janvier 2020 à Montpellier.
Les caisses de défense collective IDF et Toulouse

Samedi 11, lors de l’acte  62 intitulé « Tous à Paris », nous diffuserons notre « vrai » numéro 8. En comptant les deux hors-série et le numéro spécial soutien aux grévistes,  nous aurons ainsi édité 11 numéros, diffusés à Paris, Toulouse, Marseille, au Havre, à Nantes, dan le Tarn, à Saint-Brieuc… et pas seulement.

SI vous souhaitez nous soutenir, passez le mot : on a besoin de vos photos !
Attention le mail a changé : adressez-les à photo@pleinledos.org

Pour finir, le beau livre que nous avons réalisé avec Les éditions du bout de la ville est en librairie depuis le jeudi 16 janvier chez tous les libraires travaillant avec le diffuseur Hobo. Offrez le, parlez-en, partagez, donnez à voir tout ce que ce mouvement a produit d’intelligence, de colère et de joie ! Les bénéfices des ventes seront reversés à des caisses de solidarité pour les blessé.e.s et inculpé.e.s du mouvement des Gilets jaunes.

Les membres du collectif Plein le dos

Actes nécessaires

Depuis le début de cette initiative, début janvier 2019, nos objectifs sont inchangés : lutter contre le mépris en donnant à voir un autre regard sur ce mouvement ; construire une mémoire populaire en rendant honneur à celles et ceux qui luttent, et notamment en montrant la dimension politique et artistique de ce qui s’inscrit ou se dessine au dos des gilets jaunes ; faire œuvre solidaire en cagnottant pour les caisses des victimes de la répression d’un gouvernement antisocial qui n’a que ça comme réponse.

Rappelons que tous les membres de notre collectif et que toutes les personnes qui participent à Plein le dos, le font de façon bénévole. Nous avons crée l’association Comité Vertigo dont la principale utilité est de nous permettre d’avoir un compte bancaire pour récolter les dons et de les redistribuer, sur les conseils avisés du collectif Désarmons-les et de l’Assemblée des blessé.e.s.

En cette fin d’année nous annonçons deux nouveaux versements : 1000 euros pour Sébastien, gravement blessé à la mâchoire en décembre 2018 à Paris (Acte 9) par un tir de LBD 40 et qui se trouve désormais dans une situation précaire. 500 euros pour Vanessa elle aussi blessée au visage par un tir de LBD 40 en décembre 2018 (Acte 5) , œil abimé, avec des séquelles neurologiques et psychologiques. Cela porte le total des dons de Plein le dos à 9637 euros à ce jour. Nous savons aussi qu’au delà de l’argent, c’est une attention et du soutien moral que ces dons apportent aux victimes de la répression.

Enfin, le livre réalisé avec les éditions du bout de la ville est arrivé et il est magnifique ! C’est un trésor de guerre, un pavé de 1,2 kg dans la gueule des méprisants, de la haute couture éditoriale, les notes sont super intéressantes et les traductions aux petits oignons. C’est une œuvre collective, politique, artistique et solidaire : un combo parfait. Merci à toutes les personnes qui ont rendu ce projet possible et qui le portent encore : nous pouvons tous être fier.e.s de cet aboutissement et honorés de l’accueil reçu dans le mouvement des gilets jaunes. En espérant que le mots inscrits aux dos des gilets touchent au delà des gilets jaunes et de nos frontières. Les bénéfices seront reversés à des caisses de solidarité avec les blessé·e·s et les inculpé·e·s. Parce que c’est notre projet !

Nous préparons un numéro 8 (qui sera le dixième en comptant les 2 hors-série) et qui sera disponible dès réception du papier jaune commandé par notre imprimeur.

Le collectif Plein le dos soutient toutes celles et ceux qui luttent contre la réforme des retraites et plus largement pour un monde meilleur, contre toutes les dominations.

On lâche rien.

Entraide en actes

Ce samedi, pour le premier anniversaire d’un mouvement social historique qui demande la justice sociale, fiscale, démocratique et écologique, nous serons dans la rue avec nos feuilles jaunes. Nous avons réalisé pour l’occasion un dernier numéro, un hors-série “1 an de colère“, et cette fois, il est possible que ce soit le tout dernier Plein le dos, sous cette forme du moins. Les raisons sont simples : notre imprimeur avait fait fabriquer 20 000 feuilles de papier jaune sur commande, il n’en reste plus. Nous pourrions en commander à nouveau, mais le fait est que nous ne recevons plus suffisamment d’images. Et puis notre livre réalisé avec Les éditions du bout de la ville sera bientôt là : il faudra s’en occuper ! Mais ça ne signifie pas pour autant que l’aventure est terminée. Nous verrons par la suite.

Aujourd’hui, grâce aux conseils de l’Assemblée des blessés et du collectif Désarmons-les, nous avons aidé Dylan, Yann et Antonio en leur versant un total de 2 500 euros. Dylan a été touché par une grenade de désencerclement à Montpellier le 27 avril 2019 (Acte 24) et a perdu l’œil droit. Yann a été frappé le 10 janvier 2019 (Acte 9) en marge d’une manifestation à laquelle il ne participait pas : fracture de la mâchoire et onze dents cassées… Antonio a, lui, été gravement blessé au pied droit le 24 novembre 2018 (Acte 2) à Paris, par une grenade de désencerclement.

Au-delà de la nécessaire aide matérielle, c’est un soutien moral que ces dons apportent. Car ces graves blessures s’accompagnent souvent d’autres maux : perte de travail, perte de logement, fin de la relation de couple, problèmes avec la Sécurité sociale et les complémentaires santé (pour ceux qui en avaient une), isolement et sentiment d’abandon.

C’est pour tout cela que nous sommes heureux de pouvoir leur témoigner notre soutien, et plus, celui de vous tou.te.s qui nous soutenez en portant avec nous ce projet. L’argent récolté l’a été avec la diffusion de nos feuilles jaunes à Paris, mais aussi à Toulouse, à Lamballe, à Marseille, à Bordeaux, à Sens, à Liège (Belgique) et ailleurs, grâce à nos complices d’humanité, dont nous connaissons les prénoms et pas les visages, qui nous font confiance et nous aident dans cette mission. C’est aussi grâce aux dons de certains médias en échange de la publication de certaines de vos photos : Fakir, Mediapart, Là-bas si j’y suis, une journaliste de l’Obs, les équipes du Média et d’autres. Fin juillet, le total de nos dons s’élevait à 5 637 euros. Les articles précédents sont ici. Le total des dons effectués par Plein le dos s’élève désormais à 8 137 euros.

Enfin, nous apportons notre soutien à la démarche de l’Assemblée des blessés dont font partie nos camarades du collectif Désarmons-les. Fort de leur expérience et face à l’urgence, ils s’organisent pour construire un réseau dont la vocation est d’apporter un soutien professionnel, durable et individualisé à chaque blessé.e. À ce titre, ils recherchent des appuis et des expertises de toute nature pour alimenter et faire vivre ce projet solidaire. Pour plus d’information ou pour proposer votre soutien, vous pouvez les contacter à cette adresse : assemblee-blesses@riseup.net

Merci à vous tou.te.s pour cette entraide en actes.

On est là !

Ça nous occupe déjà depuis un moment, et on l’attend avec impatience. On arrive presque au bout, on devrait l’avoir dans les mains début décembre. Mesdames et messieurs, le voici, le voilà :  le livre bilingue français-anglais, en noir et blanc, qu’on prépare avec Les éditions du bout de la ville ! Ce seront 365 dos de gilets traduits, plus ou moins agencés suivant les idées apparues au cours des Actes et annotés pour que les lecteur·rices étranger·e·s comprennent les traits d’esprit et autres références. Notre éditeur nous avait dit qu’il voulait “graver les images dans le papier”. On sait que celui-ci sera épais, et on va tout faire pour que ce bel objet fasse le tour du monde et porte les revendications inscrites sur les dos depuis novembre 2018. Ci-dessous la fiche technique avec laquelle les super commerciaux d’ Hobo Diffusion vont aller voir nos libraires. On vous en reparlera bientôt !

Pendant l’été, on a mis en place des réseaux de diffusion ailleurs qu’à Paris. On a fait passer nos feuilles et réapprovisionné les stocks à Amiens, Avignon, Bordeaux, Châtellerault, Clermont-Ferrand, en Corse, à Lamballe, au Havre, à Liège (Belgique), Lille, Rochefort, Sens, Toulouse et Vaour. On aussi créé l’asso Comité Vertigo, qui héberge le collectif Plein le dos, et ouvert un compte bancaire pour que chaque personne qui diffuse avec nous puisse y déposer, via le RIB, les dons collectés. En septembre, on a fait un n°7, qu’on a diffusé lors des manifestations de la rentrée. On arrive donc à huit numéros au total, en comptant les hors-séries “Quartiers populaires et violences policières”.  Après tout ça, on vous annoncera bientôt de nouveaux dons pour les blessé.es.

Tout est politique

Après avoir été invités à prendre part à une conférence/débat et à tenir un stand aux AmFIs de Toulouse en août, le 12 octobre nous avons installé une table Plein le dos à la fête du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) à côté de nos copains d’Acrimed. L’occasion de diffuser nos imprimés et de profiter des débats avec David Dufresne, Emma l’autrice de la BD Un autre regard sur le climat, entre autres, Aurélie Garand du collectif Vérité et justice pour Angelo, François Sabado, auteur de Révolution ! 100 mots pour changer le monde, et Olivier Besancenot. Prévenus par mail, les organisateurs avaient accepté notre requête sans hésitation. Une fois sur place, nous avons bénéficié d’un très large espace d’exposition, et ce sont majoritairement des curieux·ses  qui se sont arrêté.e.s. Comme la plupart d’entre eux n’avaient que vaguement entendu parler de nos feuilles jaunes, ça nous a amené.e.s à être plus actif·ve·s, à prendre davantage l’initiative d’engager la conversation. Nous avons également pu faire connaître Plein le dos à celles et ceux qui ignoraient encore son existence, et démontrer ainsi que le mouvement des Gilets Jaunes existe encore.

Fin du monde, fin du mois, même combat

La semaine du 7 octobre s’annonçait en grande pompe ! Après l’occupation du Centre commercial Italie 2, le 5 octobre à Paris, on attendait de découvrir l’action d’occupation annoncée par Extinction Rebellion (XR). On doit avouer qu’on était un peu critiques vis-à-vis du concept de “non-violence” prôné partout par XR. Depuis un an, la répression du mouvement des Gilets Jaunes ne laisse plus de doute : l’État (et donc la police), c’est le monopole de la violence légitime. Alors quand on a lu le programme d’XR relayé par nos camarades de la revue Nantes Révoltée avec pour commentaire “Une certaine idée de l’enfer”, on a ricané. Dans nos réseaux de déters révoltés, ça vannait beaucoup à propos des méthodes d’action et de la morale véhiculée sur les réseaux XR. Mais à force de rire, on s’est dit qu’on devenait méprisants… Or, on ne voulait pas reproduire le mépris de classe qu’on critique chez celles et ceux qui insultent les Gilets Jaunes. Alors on y est allé·e·s.

Les deux premiers jours, c’est Juan qui a occupé le terrain. D’abord en tant que volontaire “Média-activiste”, il a suivi en immersion la mise en place de cette action, l’efficacité de son organisation, échangé longuement avec certains primo-militants d’XR, constaté leur méconnaissance du mouvement GJ, et il y a remédié. Puis, l’occupation de la place prenant forme, l’apparition d’une bibliothèque a permis de valider la volonté de convergence de ce mouvement et d’exposer nos Plein le dos. 

Le lendemain, avec deux militantes climat rencontrées sur place, il a pris part à une action de collage “écologique” d’affiche XR/Plein le dos aux abords de la place du Châtelet, dans les couloirs du métro et sur le pont au Change. La plupart de ces collages ont cependant été “nettoyés” par d’autres militants d’XR dès le lendemain… Son impression étant plutôt bonne, d’autres parmi nous ont pris le relais pour assurer la présence de Plein le dos. Le troisième jour, c’est Eris et Louise qui ont débarqué avec un seau de colle et du matériel hérité des mois passés, notamment des affiches de la campagne ironique “selon l’IGPN”, histoire de rappeler à tout·e·s la violence que de nombreux militants et militantes ont subie ces derniers mois. 

On a trouvé judicieux de coller sur le pont au Change, là où de nombreuses personnes circulaient et où Juan avait collé la veille avec des militants XR. L’action a vite été interrompue par deux “peacekeepers” arborant leur logo XR (qu’on trouve limite sectaires) venus nous dire très gentiment, certes, que coller sur un monument classé, c’était mal. On n’en dira pas plus, sinon que sur le coup, on a peiné à garder notre sang-froid. Et on a quand même glissé un “mais la rue, la place, le pont, il ne sont pas à vous.” Et puis, pas de problème  pour coller des stickers XR sur la boîte jaune de La Poste (ou recouvrir un autocollant antifasciste) mais sur LE monument historique “c’est non” ? On avait la nette impression que c’était une petite occupation de place sans notion de lutte des classes . À ce propos, on vous recommande cette interview de notre amie historienne Mathilde Larrère.

Sur cette place située au cœur de Paris, en face du Palais de Justice, et de la Préfecture de Police (Michel Foucault ne disait-il pas que la première est au service de la seconde ?), on a pris possession d’une belle palissade de chantier et on ne s’est pas gêné·e·s pour composer un superbe mur de dos de gilets jaunes. Ensuite, avec les copains et copines de la cabane, on a pris plaisir à regarder les passant·e·s, militant·e·s XR, sympathisant·e·s, Gilets Jaunes s’arrêter et photographier. Le 9 octobre on a rejoint nos ami.e.s de la Cabane Jaune de la Place des Fêtes en fin de journée. Une assemblée générale XR-GJ s’est organisée. Rapidement, l’idée d’en construire une place du Châtelet a émergé. Alors on a fait comme on a pu. On a emprunté du matériel aux environs de la place, et en trois heures elle était montée, avec quelques inscriptions sur les façades, notamment “Écolo-Gilets Jaunes”. On était dans la place !

Nous étions très fier.es de cette cabane, et les Gilets Jaunes présents s’en sont emparés. À proximité, notre collage a tenu jusqu’au samedi soir, pour l’arrivée de la manifestation de soutien au Rojava ; dès le dimanche matin, tout avait été arraché. On préfère voir le bon côté des choses : on n’avait jamais eu l’occasion de coller sur un mur aussi grand, dans un quartier aussi central et privilégié. Les collages sont éphémères, et ce mur, ceux qui l’ont vu, l’ont vu. C’est déjà ça.

L’humanité


Grâce aux camarades de Fakir et d’Ensemble ! qui nous ont fait un peu de place sur leurs stands, on était aussi présents au côté de nos amis du collectif The chômeuse go on à la Fête de l’Huma. L’ambiance générale et l’accueil qui nous a été réservé ont été excellents. On a fait de nombreuses rencontres, eu de multiples discussions, reçu des messages de félicitations, des invitations à présenter PLD à nos ami.es de Radio Parleur et sur l’une des scènes de la Fête. Si la grande majorité des participant·e·s semblait éprouver de la sympathie pour le mouvement des Gilets Jaunes, nous avons aussi eu quelques discussions franches avec des participants réticents vis-à-vis d’une contestation populaire qui occupe les rues et les ronds-points tous les samedis. On ne s’y attendait pas, cette Fête était, dans nos esprits, un lieu de soutien évident aux Gilets Jaunes. En tout cas, trois jours enrichissants. À refaire !

Week-end à Liège


Le 13 septembre 2019, notre collectif était convié à participer à l’expo “Jaune – Regards sur un mouvement contestataire contemporain” à Liège. Nous y avons montré des photos de dos de gilets et diffusé le reportage audio réalisé par Aurore. Nous avons aussi été invité·e·s à parler de notre expérience en tant que Gilets Jaunes parisiens. On y a beaucoup discuté de ce qu’on nomme “violence” : à Liège, le public établit une distinction bien nette entre dégâts matériels et violence sur les personnes. Ce qui n’est pas tout à fait le cas à Paris, excepté dans les milieux “radicalisés”. Nous avons aussi rencontré les Gilets Jaunes liégeois lors de leur rassemblement du samedi, l’occasion pour nous de découvrir et d’échanger sur leur vision de ce mouvement. On a pu assister au spectacle de rue très touchant Comment je suis devenu Gilet Jaune, de Marcel, qu’on espère bientôt inviter à Paris. On a aussi fait une session collage dans les rues. Surpris de constater que si tous les abribus supports de pub étaient cassés dès leur pose, personne ne colle là-bas, la principale raison étant que la mairie décolle dès le lendemain et n’hésite pas à adresser des contraventions aux colleurs. Ça ne nous a pas empêchés d’habiller la ville, et nos ami.es liégois.es nous ont rapporté que nos collages étaient restés en place quelques jours. Tant mieux.


Et la suite

Voilà pour les nouvelles du collectif. Comme on vous l’a dit plus haut, on vous parlera bientôt du livre et de la reprise des dons. Si vous nous avez lus jusqu’ici (merci pour votre intérêt !), et si ce qu’on fait vous donne envie de nous rejoindre, on vous propose d’assister à notre prochaine réunion, qui se tiendra vraisemblablement le 26 novembre à Paris. On y parlera de la suite à donner à tout ça. Envoyez-nous un mot à : contact@pleinledos.com, on vous passera toutes les infos. 

Le collectif plein le dos avec Éris, François, Hélène, Juan, Louise, Malik, Sabine et les autres

Plein les murs

Le 25 juillet nous avons collé, avec des copains de la Cabane de la Place des fêtes, 150 photos dans le quartier de “La Banane”, enclave HLM au cœur de Ménilmontant (Paris 20e). Le collage a débuté au croisement de la rue des Amandiers et de la rue des Partants (point de départ annuel de la marche demandant Justice et vérité pour Lamine Dieng, décédé dans un fourgon de police en 2007), puis s’est poursuivi rue Louis Nicolas Clérambault, rue des Cendriers, rue Marx Ernst, rue Duris.
L’acte 36 « Ripostons à l’autoritarisme » s’était tenu le 20 juillet dernier à Beaumont-sur-Oise et avait rassemblé des militants demandant Justice et vérité pour Adama Traoré, les Gilets Noirs et les Gilets Jaunes, dénonçant ensemble les violences policières et l’autoristarisme de l’Etat. Nous avions sorti à cette occasion un hors-série Violences policières. Gilets jaunes et quartiers populaires.
C’est cette sélection d’images qui a été collée, en plus d’une sélection présentant des revendications sociales (entre autres) susceptibles de toucher les habitant.es du quartier.

Nous poursuivrons autant que possible ces collages qui permettent de donner de la visibilité aux messages des dos de gilets jaunes. Si vous travaillez au sein d’une multinationale cotée au CAC40 (tant qu’à faire), que vous avez accès à une imprimante A3 couleur et que vous souhaitez nous aider, faites nous signe : nous ne dépenserons pas un centime pour ces impressions et ces collages, donc à nouveau on compte sur votre aide. Et si vous souhaitez réaliser des interventions similaires sur les murs de votre ville, contactez-nous : nous vous enverrons le fichier prêt à imprimer.

Pour le reste, on continue pareil. Nous ne cesserons de dénoncer l’autoritarisme de l’Etat, la répression que subissent celles et ceux en lutte pour les biens communs , les cadeaux aux copains du président, les abus de biens publics au profit d’entreprises privées, l’accumulation des richesses par quelques privilégiés, les inégalités, l’avenir incertain pour nos enfants, les salaires de misère, les contrats précaires, la gentrification de nos quartiers, la casse des services publics (soutien total aux personnels de la santé, aux profs, aux postiers… et aux usagers), la pollution dont nous souffrons tou.tes et qui détruit le vivant et l’environnement, la société de consommation qui nous prend pour des cons, la fausse démocratie qui voudrait que nous nous satisfaisions de ne voter que tous les 5 ans avec le chantage à l’extrême droite, la main mise de l’oligarchie sur la presse, la publicité omniprésente qui nous aliène, les ventes d’armes et l’impérialisme, le racisme institutionnel, les conditions déplorables d’accueil des réfugiés… et de soutenir les victimes du soi-disant “maintien de l’ordre” couvert par la police des polices et la justice.

On était là hier, on là aujourd’hui, on sera là demain. Fier.es et déters.

Ne rien lâcher

Après Toulouse qui avait rejoint le collectif début mai, des camarades diffusent nos feuilles jaunes à Avignon, Bordeaux, Bruxelles, Lamballe, Lille, Rennes et Strasbourg et ça n’est que le début : si vous voulez rejoindre notre collectif pour diffuser nos feuilles jaunes et cagnotter avec nous, contactez-nous par mail à l’adresse contact@pleinledos.com.

Ces dernières semaines nous avons ouvert nos galeries en ligne aux blouses bleues des urgentistes et nous les ouvrirons à tous les messages de luttes sociales, climatiques, solidaires qui s’afficheront sur des dos à l’avenir : on en parle dès qu’on en a l’occasion parce que cette initiative fonctionne depuis le début essentiellement grâce au bouche à oreilles !

Nous aurons le plaisir de diffuser dès demain notre premier hors-série “Violences policières. Gilets jaunes et quartiers populaires”. Bien-sûr ce numéro spécial sera aussi diffusé lors de l’acte 36 “Ripostons à l’autoritarisme” à Beaumont-sur-Oise pour la Marche pour Adama III.

Nous versons ce jour 652 euros à la caisse de défense collective de Toulouse, et faisons trois versements de 325 euros chacuns aux cagnottes de :

• Lola V., 18 ans, triple fracture de la mâchoire, des dents cassées et la joue ouverte le 18 décembre 2018 à Biarritz.
• David D., 31 ans, tailleur de pierre à Bordeaux, nez fracturé, narine sectionnée et hématome à la lèvre supérieure à cause d’une grenade de désencerclement le 8 décembre 2018 à Paris.
• Eric P., fracture de la mâchoire, la lèvre fendue et des dents cassées par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris.

Nous avons versé depuis le début le total de 5627 euros à des victimes de la répression ainsi qu’aux caisses de défense collective de Paris et Toulouse !


Merci à toutes celles et ceux qui participent à ce projet ! Les feuilles jaunes continueront à se diffuser partout où c’est possible dans le courant de l’été. Prochain numéro à la rentrée !

Paris, Toulouse, Avignon et la suite


Suite à l’acte 32, le collectif a eu l’occasion de dire ce qu’il est, ce qu’il fait et ce qui l’anime. C’était pendant Le Le Bal Jaune qui s’est tenu les 22 et 23 juin à La Générale Nord-Est à Paris. Merci à nos relais locaux en France et en Belgique, merci à tou.t.e.s celles et ceux qui mettent la main à la pâte ! Vous voulez nous rejoindre ? Vous avez des idées pour la suite ? N’hésitez pas à nous écrire, on est là et on le restera !

Plein le dos est né à Paris avec l’idée d’exposer les messages de dos vus en France pour rendre hommage à la créativité et à l’esprit des Gilets Jaunes et pour donner à voir autre chose que ce sur quoi les médias aux ordres se focalisaient. C’est pour ça qu’on a fait appel à vous, contributeurs et contributrices photo, présent.e.s acte après acte dans les manifestations. De fait, Plein le dos est un projet collaboratif et une vitrine nationale des dos de Gilets Jaunes.

À ce jour, nous avons archivé sur ce site des photos de dos vus à : Alençon, Alès, Angoulême, Amiens, Angers, Aubenas, Auxerre, Avignon, Barjac, Bar-le-Duc, Bavilliers, Bayonne, Belfort, Besançon, Biarritz, Blois, Boufféré, Boulogne-sur-Mer,  Bordeaux, Brest, Caen, Caussade, Cercottes, Chambord, Château-Gaillard, Châtellerault,  Chaumont, Commercy, Compiègne, Créteil, Crèches-sur-Saône, Dijon, Dunkerque, Epernay, Evreux, Flixecourt, Foix, Forbach, Fougères, Gamblais, Genève, Gennevilliers, Grenoble, Hallennes-lez-Haubourdin, L’Aigle, La Rochelle, La Roche-sur-Yon,  Le Mans, Lille,  Lyon, Mâcon, Marseille,  Martigues,  Menoncourt, Metz, Meyreuil, Montaigu,  Montargis,  Mont-de-Marsan, Montélimar, Montpellier, Montreuil, Mortagne, Nancy,  Nice, Nîmes, Nantes, Nemours, Nouméa, Noyon, Orléans,  Paris,  Périgueux, Perpignan, Pfettisheim, Plérin, Poitiers, Port de Bouc, Quillan, Quimper, Rennes, Rouen, Saint-Avold,  Saint-Girons, Saint-Malo, Saint-Nazaire, Saumur, Sens,  Strasbourg, Somain, Tarbes,  Thann, Toulouse, Toulon, Tours, Valence, Vannes, Vichy.

Nos feuilles jaunes sont imprimées en Île-de-France et nous ne les avons pas offertes en téléchargement libre pour le moment. Plusieurs raisons motivent ce choix : Parce que c’est plus économique de les imprimer en grand nombre à Paris et de trouver un moyen facile de vous les envoyer. Parce que c’est un projet militant et qu’on préfère rencontrer les gens et expliquer le projet plutôt que chacun chez soi imprime son doc pour lui-même. Parce qu’on a confiance dans les gens qu’on rencontre et qui rejoignent ce projet mais qu’on ne voudrait pas que des personnes malintentionnées gagnent de l’argent sur notre dos quand nous faisons un travail bénévole depuis quatre mois et que l’argent que nous collectons va à des caisses de solidarité. Parce qu’on propose des envois par courrier, et aussi parce que des relais locaux se mettent en place. Parce qu’on imprime 5000 exemplaires et qu’on ne voudrait pas qu’ils nous restent sur les bras. Pour toutes ces raisons, les docs ne sont pas en téléchargement. Mais le jour où nous cesserons de sortir de nouveaux numéros et où il n’y aura plus d’exemplaires imprimés à diffuser, alors ce jour-là on le fera.

Nos journaux ont d’abord été diffusés dans les manifestations parisiennes, mais comme chaque samedi des Gilets Jaunes de toutes les régions venaient à Paris, nos papiers ont pu voyager ! C’est pour ça qu’à Toulouse, des Gilets Jaunes nous ont contactés. On a discuté, on était d’accord et donc et ils elles ont rejoint notre collectif. Depuis un mois, Plein le dos est diffusé à Toulouse dans les mêmes conditions qu’à Paris (participation libre, cagnotte pour les blessé.es et les caisses de défense collective). La semaine dernière, un relais a été initié avec Avignon : à suivre… Les journaux s’invitent dans les bagages de copains qui font le trajet en train ou en voiture, on se débrouille, on gère à l’économie.  

Plein le dos est de fait un collectif national autogéré. C’est pourquoi, si vous aimez ce projet et voulez nous rejoindre, nous vous invitons à nous écrire pour diffuser chez vous cet outil politique et solidaire. Pour lutter contre le mépris, pour construire une mémoire populaire, pour aider celles et ceux qui ont été blessé.e.s et qui ont besoin de notre solidarité. À vous de jouer !

Mutilés pour l’exemple

Au mois de mai, des gilets jaunes de Toulouse ont rejoint notre collectif et participé à la diffusion de nos feuilles jaunes ! Avec eux, ce mois-ci, une fois déduits les frais d’impression, nous avons cagnotté 2000 euros avec les numéros 5 et 6 et les tee-shirts sérigraphiés (voir ici et ). Cet argent nous le versons aujourd’hui à :

• Elie, blessé par un tir de flash-ball au visage le 1er décembre 2018 (Acte 3) à Paris
• Eric, blessé par un tir de flash-ball au visage le 8 décembre 2018 (Acte 4) à Paris
• Yann, 11 dents cassées suite à un lynchage en règle par les FDO à coups de matraque le 11 janvier 2019 (Acte 9) à Toulouse
• Axel, blessé par un tir de flash-ball au visage le 19 janvier 2019 (Acte 10) à Montpellier

Nous versons sur chacune de leur cagnotte la somme de 337 euros. A cela nous ajoutons un versement de 652 euros à la caisse de défense collective IDF.

Depuis le début de ce projet, 4000 euros ont donc été versés à des caisses de solidarité (voir ici et ). Le mois prochain nous soutiendrons la caisse de défense collective de Toulouse.

Les liens vers leurs caisses sont ici :


Elie https://www.leetchi.com/c/je-mappelle-elie-et-jai-etait-victime-dun-tir-de-flash-ball-en-pleine-tete
Eric https://www.leetchi.com/c/soutient-a-eric-gilet-jaune-blesse
Axel https://www.leetchi.com/c/soutiens-axel-blesse-flashball-gilet-jaune
Yann lien paypall (nous contacter)
Caisse collective contre la répression IDF https://www.cotizup.com/stop-repression

Sans vous tou.tes qui participez d’une façon ou d’une autre à Plein le dos, cela ne serait pas possible. Pour cela nous vous remercions. MERCI ENCORE

Sorties de classe

Depuis quatre mois chaque samedi, on est présent·e·s au sein des cortèges avec nos feuilles jaunes. Le journal Plein le dos est apprécié partout où il est diffusé. Jusque-là, on a créé et imprimé cinq numéros. En  les distribuant on a réussi à collecter 2000 euros et à faire six versements solidaires à des caisses de victimes. Grâce à votre soutien, on réalisera très bientôt de nouveaux versements. L’accueil favorable nous a poussés à réimprimer le numéro 1 et le numéro 2 pour celles et ceux qui ne les avaient pas eus et qui les demandaient (en prévision aussi des réseaux de diffusion solidaires qui se mettent en place localement). Plein le dos jouit d’une belle visibilité au sein du mouvement des Gilets Jaunes.  À l’extérieur, on n’est pas encore très visibles. Alors, depuis quelques semaines, on sort des manifestations pour rendre visite aux Cabanes de GJ, pour participer à des événements thématiques autour du mouvement social, mais pas seulement. On se raconte.

Récemment, les GJ de Montreuil et de Villejuif nous ont invité.es à assister aux projections du film J’veux du soleil de Gilles Perret et François Ruffin. Avec notre journal jaune, on rentrait pile poil dans le décor ! Sortir des manifestations permet aussi de causer avec des personnes qui soutiennent le mouvement mais ne rejoignent pas les cortèges par peur d’être blessé·e·s ou mutilé·e·s. Une cabane, c’est un lieu de vie, ça papote, ça se chicane, ça discute du vivre ensemble ; on rêve, on s’aime et on s’y sent un peu comme à la maison.

Plein le dos en manif

La rue contre le mépris

Le dimanche 24 avril on est allé·e·s à la rencontre du public de la foire “Urban Art Fair” au Carreau du Temple. Pour qui connaît les questions sociologiques qui se jouent dans l’arène privilégiée de l’art contemporain, le résultat était prévisible, et illustre le mépris de certain.es envers la rue et celles et ceux qui se l’approprient. On a posé nos documents entre deux œuvres de street-art (un collage à gauche, un pochoir à droite) et on s’est amusé·e·s à regarder les gens s’approcher pour photographier ces œuvres, tout en prenant bien soin de ne regarder ni nos papiers, ni nos gilets. Ça nous amusait d’autant plus que l’œuvre installée près de l’entrée était un véhicule carbonisé façon acte 16 des Champs-Élysées, en plus délicat : tôle finement ciselée, panneau “Stop” encastré dans le pare-brise, et une invitation à demander le prix à l’intérieur de l’exposition. Une bonne blague, quoi ! C’est l’époque du canular anthropologique ! Quand même, il faut dire que les enfants de promeneurs, eux, nous regardaient avec une attentive curiosité. Alors, un peu en mode pirate, on a distribué des papiers jaunes de petites mains à petites mains. Finalement, on a eu l’occasion d’avoir trois moments d’échange avec des visiteurs. Alors c’est sûr, trois c’est peu à côté de l’intensité des discussions en manifestation, mais ça n’est tout de même pas rien ! Et en plus, on confirme bien que les paroles que nous avons entendues sur le parvis du Carreau du Temple étaient tout à fait représentatives de ce qui se dit du mouvement dans les médias les plus écoutés et/ou lus :         

24 avril devant l’entrée du salon “Urban Art Fair” au Carreau du Temple (Paris 3e)

On a entendu : “Mais comment je peux être certaine que vous êtes bien Gilets Jaunes et que l’argent que vous collectez va bien aux caisses de victimes ?”
Ou encore : “C’est bien ce que vous faites et ça mériterait que vous fassiez la même chose avec les slogans des jeunes du climat. Ils sont très originaux, vous savez, avec des slogans vraiment ingénieux !” Ici, deux sous-entendus révélant des stéréotypes massivement diffusés : les Gilets Jaunes n’auraient pas de slogans pour le climat, et leurs slogans seraient moins ingénieux… Dans ce cas, on sort les Plein le dos, et les dos de gilet font rempart contre les mensonges.
Enfin, une jeune femme était vraiment enchantée à l’idée de repartir avec des Plein le dos, qu’elle ajoutera à sa collection d’affiches recouvrant les murs… de ses toilettes. Après 2h30 et ces quelques échanges, on a plié bagage en se disant que la lutte contre le mépris restait bien notre combat du quotidien.

Le 26 avril, on s’est invité·e·s au vernissage “Artistes Gilets Jaunes” place Saint-Michel, dans le quartier latin, car il nous a semblé que notre projet artistique et militant y était tout à fait légitime. Certes, avec nos manières de la rue, on s’est installé·e·s à la sortie de l’expo en posant les Plein le dos sur la fontaine Saint-Michel. À l’intérieur, on s’est présenté·e·s et on a été reçu·e·s sans chipoter, on a pu dialoguer avec le public, avec les artistes. De la solidarité dans les paroles et via les quelques pièces reçues. 

26 avril, vernissage “Artistes Gilets Jaunes” place Saint-Michel

Le 2 mai, à la Gare XP cette fois, on a dressé notre table pour l’ouverture du festival collaboratif “Maelström”. La Gare XP, Porte des Lilas, est un squat artistique qui a survécu, tenu par des individus qui chaque jour créent du lien, font solidarité, luttent pour un monde meilleur. On était ravi·e·s de lancer dans ce lieu notre projet de sérigraphie de tee-shirts aux slogans de GJ, car c’était là que Manon nous avait ouvert les portes de son atelier pour nous y aider. On est resté.e.s tout l’après-midi, on a rencontré pas mal de gens, l’ambiance était sympa, on était à l’aise, on a cagnotté pas mal pour les victimes de la répression.

2 mai, Gare XP ouverture du festival collaboratif “Maelström”

Le 7 mai on était comme des poissons dans l’eau lors de l’entregistrement du “Grand procès public d’Emmanuel Macron” à la Bourse du Travail à Paris pour l’émission “Là-bas si j’y suis“. On avait apporté une vingtaine de nos tee-shirts sérigraphiés au motif conçu par Fred, GJ du 95, “Rage against the Macron” tout à fait approprié au thème de la soirée : en 45 mn il n’y en avait plus un seul ! Une technicienne de Canal + nous a dit qu’elle adorerait le porter sur son lieu de travail, tout en ajoutant : “Si tu mets ça au boulot, tu te fais virer direct”. Un homme a pris un tee-shirt en rêvant à voix haute que sa femme, qui travaille pour Envoyé Spécial, le porte sur le plateau de l’émission… Ce soir-là, le public s’est montré généreux et le compte de la caisse nous a conforté.e.s dans notre démarche. Oui, c’est utile ce que nous faisons ! 

7 mai, enregistrement du “Grand procès public d’Emmanuel Macron” à la Bourse du Travail à Paris

L’art. La culture. Les intellectuels. Et les Gilets Jaunes

Jeudi 9 mai 2019, on a été invité·e·s à la soirée d’ouverture du Printemps du théâtre l’Échangeur, à Bagnolet, sur le thème “Intellectuels et Gilets Jaunes”. On était enchanté.e·s de cette belle idée qui nous permettait de sortir de la rue pour toucher un autre public. Ça tombait d’autant mieux que les trois objectifs sous-tendant notre initiative n’étaient que partiellement atteints. Construire une mémoire populaire, ok. Cagnotter pour les blessé.es : ok. Lutter contre le mépris : pas gagné. C’en était pourtant la première raison d’être.

Ce soir-là, on est  quelques-un·e·s à avoir ressenti un certain malaise. Derrière notre table, on a vu défiler quantité de personnes prêtes à lâcher 5 euros pour une pinte. Mais assez peu sont venues à nous. Le fait est que la majorité des gens avec lesquels on a discuté sur notre stand, on les connaissait déjà, ils-elles étaient venu·e·s pour nous voir, ils-elles savaient qu’on serait là. On a rencontré assez peu de gens, en définitive. C’est ce qui a été décevant. La frontière entre deux mondes n’a pas été franchie comme on se l’était imaginé. Alors les manières de rue se sont déployées d’elles-mêmes…

9 mai, soirée d’ouverture du Printemps du théâtre l’Échangeur à Bagnolet. Collage ©Vitalia

Par deux fois on a perturbé le bon déroulement des choses : d’abord en s’invitant sur la tribune du débat pour remettre un tee-shirt à Frédéric Lordon. Le tee-shirt est arrivé comme un cheveu sur la soupe, raté, ça n’était vraiment pas dans l’état d’esprit de la soirée. Rien de très grave, Frédéric, un peu gêné sur le moment, ne nous en a pas voulu, ça l’a même finalement fait marrer. Puis en improvisant un  “Happening bière” en mode “Et la bière elle est à qui ? Elle est à nous !”, “Pas de bière ! Pas de merguez !” (par esprit de solidarité avec nos copains Gilets Jaunes de la Place des Fêtes qui avaient fait griller des merguez tout au long de cette soirée à l’Échangeur et ne s’étaient pas vu offrir une seule pinte…). L’épisode “bière” a dérangé. On a vu la réaction du staff et du public présent. On imagine qu’on est passé·e·s pour ce qu’on dit des Gilets Jaunes : au mieux, pour une bande d'”énergumènes indisciplinés”.  En fait, certain·e·s d’entre nous voient dans ces “happenings” une réaction à un certain ordre social : les intellectuels d’un côté, les petites mains Gilets Jaunes de l’autre. Évidemment, c’est forcer le trait. D’ailleurs, d’autres membres du Collectif, qui n’étaient pas derrière le stand, ont pu discuter du journal et des messages des Gilets Jaunes avec le public. Quand même… On peut dire que le théâtre social qui se jouait dans la cour de ce théâtre était un peu dans la contradiction. À l’image de notre société, ni plus ni moins. Dans la salle, des intellectuels parlent des Gilets Jaunes; sous une cabane, des Gilets Jaunes font des sandwiches merguez pour les gens venus écouter les premiers parler des seconds, qui leur ont donné à manger…

Alors, on peut imaginer que personne n’avait pensé à cela, finalement c’est simplement représentatif d’un certain ordre social auquel on est habitué·e·s. On remarque que partager un espace s’est avéré insuffisant, qu’il a sûrement manqué un lien, une ouverture. Il aurait fallu que nous puissions dire ce que nous faisions là afin qu’on ne nous prenne pas pour des vendeurs de tee-shirts (de ceux qui profitent de la crise pour faire du beurre et que nous détestons, ce que nous ne sommes pas ). Le fait est que nous n’avons pas pensé à demander la parole, ni pour expliquer ce que nous faisons, ce qui nous anime, ce que nous défendons, ni pour présenter Plein le dos pour ce qu’il est : un outil politique, un soutien à ceux qui luttent. Fort.es de cette expérience, une autre fois, nous le ferons.